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27/04/2012

L’islam belge peine à exister

 

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Publié le 27 avril 2012 sur le site français causeur.fr

Par Bernard Swysen

L’épineuse question des relations entre l’Etat et la religion a été réglée en Belgique par un arrangement plus proche de celui de nos voisins allemands que du nôtre. Au lieu d’une rupture claire et nette reléguant les cultes dans la sphère privée, l’Etat les prend en charge au nom de l’intérêt général.

Selon la loi sur « le temporel du culte » votée en 1870, l’Etat belge paie les salaires des clercs, assure l’entretien des lieux de culte – d’ailleurs exonérés d’impôts-, finance les écoles du réseau d’enseignement libre confessionnel ainsi que l’enseignement des différentes confessions officiellement reconnues. Ce régime concerne aujourd’hui le catholicisme, le protestantisme, l’anglicanisme, le judaïsme, le christianisme orthodoxe, l’islam, le bouddhisme et même la laïcité, qui a le statut de mouvement philosophique.

Chaque religion reconnue dispose d’un organe représentatif, interlocuteur officiel de l’Etat, chargé de gérer l’argent public alloué au fonctionnement de la communauté. Depuis sa reconnaissance en 1974, l’islam – deuxième religion de Belgique par le nombre de ses croyants – bénéficie d’un financement public au même titre que les autres cultes, mais peine pourtant à se fondre dans le moule institutionnel de la loi de 1870.

A sa création il y a presque quarante ans, l’organe communautaire musulman officiel fut d’abord confié au Centre islamique et culturel de Belgique, la Grande Mosquée du Cinquantenaire, institution financée et dirigée par l’Arabie Saoudite. Cette décision politique peut sembler maladroite, sachant que les musulmans de Belgique, disséminés dans 295 mosquées, sont majoritairement d’origine marocaine et turque.

Effectivement, ces derniers ont mal vécu la tutelle saoudienne sur leur organe représentatif, véhiculant par ailleurs une interprétation wahhabite plutôt radicale de l’islam. De surcroît, en confiant l’organisation institutionnelle des Musulmans à un pays tiers, la Belgique a fait entrer en son sein un véritable cheval de Troie. Avec l’émergence, depuis une vingtaine d’années, de l’islamisme politique sur la scène internationale, phénomène nourri essentiellement par le wahhabisme saoudien, l’Etat belge a pris conscience de son singulier manque de prévoyance.

 

Pour résoudre le problème, le gouvernement belge a décidé en 1996 de créer une nouvelle institution, « l’Exécutif des Musulmans de Belgique » (EMB), avec l’idée de confier des responsabilités aux Musulmans nés et éduqués en Belgique. Quelques décennies après l’arrivée de vagues migratoires massives, il était tout à fait raisonnable de construire une communauté musulmane enracinée en Belgique afin d’imposer un nouveau rapport de forces au sein des institutions religieuses.

 

Il aurait ainsi été judicieux de briser la gangue des « pays d’origine » pour que les fils et petits-fils d’immigrés s’émancipent de leurs racines familiales. Ce n’est pourtant pas ce qui s’est passé.

 

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20/04/2012

Dassetto : « L’islam belge est à un tournant majeur »

Dassetto,EMB,ambassades,Islam,musulmansLe sociologue Felice Dassetto a apprécié le reportage de Frédéric Deborsu sur l’islam. Il s’en explique dans notre cahier « Polémiques ».

L’expert vient, par ailleurs, de publier un long article sur l’intégration des musulmans dans la sphère publique belge (1). Il y relève l’existence d’un « modèle belge original » d’intégration de l’islam à la société belge. Mais aussi de sérieux écueils. Morceaux choisis…

1) Les manœuvres saoudiennes

Felice Dassetto n’hésite pas à écrire que le Centre islamique et culturel de Belgique, présidé par l’ambassadeur d’Arabie saoudite, a « trahi » la confiance que lui a accordée l’Etat belge en lui confiant la gestion de la grande mosquée du Cinquantenaire, depuis 1966… « Ce centre est devenu un lieu de rayonnement d’un islam wahhabite et salafiste dont l’enseignement ne favorise en rien l’harmonieuse intégration des populations et des jeunes musulmans et prône une sorte de vision hostile à l’Occident… Entre autres, on y donne libre cours à l’enseignement de doctrines créationnistes, qui nient toute valeur à la théorie scientifique de l’évolution. Et ceci dans un bâtiment de propriété de l’État belge. »

2) La diabolisation de Tariq Ramadan

Au milieu des années 1990, le prédicateur genevois Tariq Ramadan « fait faire un saut de qualité à la jeunesse musulmane, enfermée jusqu’alors dans les discours traditionalistes… Les milieux de la laïcité mènent une guerre à fond contre Tariq Ramadan, sans trop comprendre sa pensée et la logique dans laquelle il inscrivait son action. La virulente polémiste Caroline Fourest a contribué à alimenter cette hostilité aveugle et bornée… Ramadan a joué un rôle intéressant et positif dans une prudente, mais réelle pensée réformiste ». Désormais, constate le sociologue, ce sont les salafistes qui concurrencent Ramadan sur son terrain.

3) Une polarisation accrue

Dès les années 2000, Felice Dassetto note l’essor d’une « confrontation » entre positions extrêmes, notamment autour de la question du port du foulard. Face à l’hostilité à l’islam affichée par Oriana Fallaci ou Caroline Fourest, des mouvements identitaires inspirés des Black Muslims et des Black Panthers émergent. C’est le cas de la mouvance créée autour de Souhail Chichah, notamment avec la « Burqa Pride » organisée à l’ULB.

4) L’islam des ambassades

L’ingérence de la Turquie et du Maroc dans les affaires musulmanes de Belgique ne facilite guère l’essor d’un leadership moral et intellectuel issu de la communauté musulmane. « Le rôle de l’Etat turc et de la Diyanet est déplorable », écrit le sociologue. De même que celui des musulmans « qui jouent une carte nationale marocaine… Croire que cet islam étatisé est un rempart contre le radicalisme ou le salafisme est vraiment une illusion ».

5)La violence symbolique de l’implantation musulmane

 « L’idée que l’Europe est aussi et définitivement un espace de présence musulmane est une donnée de fait », constate Felice Dassetto. C’est devenu une évidence. Mais… « porté par leur élan religieux et identitaire, des musulmans se sont affirmés, ont rendu visibles et affirmé leurs revendications. Ils ne se sont pas toujours rendu compte que ce mode d’implantation a été vécu par les non-musulmans comme une véritable violence symbolique. De nombreux non-musulmans avaient et ont l’impression de ne plus avoir leur place dans leur pays ou d’être accablés par ces constantes demandes musulmanes »…

Une réalité qui devrait laisser la place, espère le sociologue, à une « co-inclusion » réciproque. Mais il est possible, craint-il, que « des agences extérieures », saoudienne, turque, marocaine ou que des idéologues d’horizons divers (musulmans, chrétiens, athées, nationalistes) aient davantage intérêt à privilégier l’affrontement… Felice Dassetto insiste : « L’islam européen et belge est à un tournant majeur. »

Le Soir, 19 avril 2012

(1) « Islam belge au-delà de sa quête d’une instance morale et représentative », Cismoc Papers on line, mars 2012.

19/04/2012

Turine : « Moi aussi, je suis inquiète »

 

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L’ex-coprésidente d’Ecolo ne nie pas, elle non plus, les problèmes. « Rappelons d’abord qu’il y a beaucoup de musulmans qui sont nés en Belgique, qui sont Belges. Nous devons, dans notre pays, accepter que leur religion fait partie du paysage belge ! Mais, à côté de cela, oui, il y a des choses sur lesquelles on doit intervenir. »

Et de pointer, notamment, l’Exécutif des musulmans. « Il est encore fort aux prises d’ambassades étrangères. L’un des principaux enjeux, c’est de permettre aux musulmans de Belgique d’organiser leur culte au départ de notre pays. On aura alors des imams en phase avec les réalités. Et l’on évitera les prêches scandaleux, coupés du contexte. Il faut un plus grand dialogue entre les responsables politiques et les organisateurs des cultes. »

Sarah Turine observe aussi avec inquiétude l’évolution sur le terrain. « Faute de reconnaissance, certains jeunes se laissent prendre par la radicalisation. Récemment, une personne qui s’occupe de jeunes d’Afrique subsaharienne me disait qu’ils trouvaient davantage refuge dans les églises que dans les associations de jeunesse. C’est pareil avec les mosquées. Cela ne va pas. On ne peut pas laisser une minorité radicale prendre le pas. »

Le Soir, 18 avril 2012

01/02/2012

La fin de l’Exécutif des Musulmans de Belgique ?

Caroline,Sagesser,Exécutif,musulmansCaroline SÄGESSER

 

Texte publié le 25.01.2012 sur le site http://www.o-re-la.org

 

Observatoire des Religions et de la Laïcité

 

 

(NB: C'est nous qui surlignons - Equipe Médiation)

 

L’Exécutif des Musulmans de Belgique, organe représentatif du culte islamique, a été mis sur pied en 1999. Depuis, il n’a cessé d’être l’objet de critiques et la proie de dissensions internes. Dernière en date, le vote de défiance de l’Assemblée des Musulmans du 13 janvier 2012 à l’égard de membres d’un Exécutif qui ne jouit plus de la reconnaissance des pouvoirs publics.

Le culte islamique a été reconnu par une loi du Parlement belge, c’est-à-dire formellement admis au financement public, en 1974. Cette reconnaissance entraînait la nécessité de reconnaître également un organe représentatif pour ce culte, indispensable pour mettre en œuvre cette décision, en vertu du dispositif constitutionnel belge. Diverses voies ont été explorées par les pouvoirs publics pour obtenir cet organe représentatif.

Dans un premier temps, ils se sont tournés vers le Centre islamique et culturel, qui occupait depuis 1969 le pavillon oriental (la « grande mosquée ») du parc du Cinquantenaire, à proximité des institutions européennes. Mais la non-représentativité du Centre, proche de l’Arabie Saoudite, par rapport aux musulmans de Belgique, qui sont pour l’essentiel originaires du Maroc et de la Turquie, a conduit à rechercher une autre solution.

Après divers aléas, l’idée d’organiser des élections au sein de la communauté musulmane toute entière s’est imposée à la fin des années 1990, selon un scénario à deux degrés : les fidèles éliraient au suffrage universel les membres d’une Assemblée, chargée de désigner les membres du futur organe représentatif du culte, l’Exécutif des Musulmans de Belgique.

Ce système à deux degrés avait été prévu pour qu’un filtre vienne assurer la représentation des diverses tendances du monde musulman belge - et des femmes - au sein de l’Exécutif, mais aussi pour permettre à la Sûreté de l’Etat de vérifier les noms des candidats avant leur nomination à l’Exécutif.

Suite :

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