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27/04/2012

« L’islam n’est plus une religion qui vient de l’étranger »

 

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Par Bosco d’Otreppe

Article publié le 21 mars 2012 sur le blog Horizons bruxellois

C’est au lendemain de l’attentat qui avait touché la Mosquée Rida à Anderlecht que nous avons rencontré Sarah Turine. Ce jour-là, l’enquête était toujours en cours, mais ce fut l’occasion pour cette islamologue de formation de donner son point de vue sur l’islam à Bruxelles, « une religion qui compte dans la capitale ».

« Il y a aujourd’hui à Bruxelles 250 000 personnes qui sont considérées comme étant d’obédience musulmane, dont 125 000 pratiquants. En tant que politique, on ne peut nier cette réalité et on doit tout mettre en place pour que la pratique du culte puisse se faire dans de bonnes conditions. »

Selon l’élue écolo, c’est un point qui est en nette amélioration. Par contre, au niveau local, ce qui est plus sensible c’est la bonne entente qu’il faut organiser entre le rythme scolaire et le rythme des écoles coraniques, l’équivalent des cours de catéchisme pour les catholiques.

« Selon certains enseignants que j’ai pu rencontrer, beaucoup de parents demandent que les enfants aient un suivi très assidu de ces écoles coraniques. Il ne faut pas que cela se fasse au détriment de l’apprentissage scolaire. Dans ce cas-ci, je pense que des discussions doivent se mettre en place entre l’échevin de l’instruction publique et les responsables des mosquées qui organisent ces cours. »

Quant à savoir si certains conflits internationaux pèsent sur l’islam à Bruxelles, la question est plus délicate. « Je pense que cela peut se ressentir, et il faut pouvoir en parler. C’est ce que font d’ailleurs les responsables de l’islam en Belgique. Pour cette question comme pour celle de l’islamisme radical, qui est minoritaire à Bruxelles, la responsabilité se situe au niveau fédéral. Quelle aide l’état donne-t-il pour une bonne organisation de l’islam belge ?

Le problème pour l’instant c’est qu’il y a une influence très forte de certains pays extérieurs sur l’organisation du culte en Belgique. Certains imams sont envoyés et ne connaissent pas la réalité belge, ne parlent ni le français ni le néerlandais. Quels discours donnent-ils aux jeunes ? Dans chaque religion, le sermon est un moment important de recul et de réflexion entre les valeurs religieuses et la société dans laquelle on vit.

Mais si le sermon est donné par quelqu’un qui est en déphasage avec la réalité, cela ne va pas. En tant que politiciens, notre rôle est de faire en sorte qu’un islam belge puisse réellement se mettre en place. Pour cela, il faut d’abord que l’on puisse accepter cette présence de l’islam en Belgique et le fait que ce n’est plus une religion qui vient de l’étranger. »

L’islam belge peine à exister

 

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Publié le 27 avril 2012 sur le site français causeur.fr

Par Bernard Swysen

L’épineuse question des relations entre l’Etat et la religion a été réglée en Belgique par un arrangement plus proche de celui de nos voisins allemands que du nôtre. Au lieu d’une rupture claire et nette reléguant les cultes dans la sphère privée, l’Etat les prend en charge au nom de l’intérêt général.

Selon la loi sur « le temporel du culte » votée en 1870, l’Etat belge paie les salaires des clercs, assure l’entretien des lieux de culte – d’ailleurs exonérés d’impôts-, finance les écoles du réseau d’enseignement libre confessionnel ainsi que l’enseignement des différentes confessions officiellement reconnues. Ce régime concerne aujourd’hui le catholicisme, le protestantisme, l’anglicanisme, le judaïsme, le christianisme orthodoxe, l’islam, le bouddhisme et même la laïcité, qui a le statut de mouvement philosophique.

Chaque religion reconnue dispose d’un organe représentatif, interlocuteur officiel de l’Etat, chargé de gérer l’argent public alloué au fonctionnement de la communauté. Depuis sa reconnaissance en 1974, l’islam – deuxième religion de Belgique par le nombre de ses croyants – bénéficie d’un financement public au même titre que les autres cultes, mais peine pourtant à se fondre dans le moule institutionnel de la loi de 1870.

A sa création il y a presque quarante ans, l’organe communautaire musulman officiel fut d’abord confié au Centre islamique et culturel de Belgique, la Grande Mosquée du Cinquantenaire, institution financée et dirigée par l’Arabie Saoudite. Cette décision politique peut sembler maladroite, sachant que les musulmans de Belgique, disséminés dans 295 mosquées, sont majoritairement d’origine marocaine et turque.

Effectivement, ces derniers ont mal vécu la tutelle saoudienne sur leur organe représentatif, véhiculant par ailleurs une interprétation wahhabite plutôt radicale de l’islam. De surcroît, en confiant l’organisation institutionnelle des Musulmans à un pays tiers, la Belgique a fait entrer en son sein un véritable cheval de Troie. Avec l’émergence, depuis une vingtaine d’années, de l’islamisme politique sur la scène internationale, phénomène nourri essentiellement par le wahhabisme saoudien, l’Etat belge a pris conscience de son singulier manque de prévoyance.

 

Pour résoudre le problème, le gouvernement belge a décidé en 1996 de créer une nouvelle institution, « l’Exécutif des Musulmans de Belgique » (EMB), avec l’idée de confier des responsabilités aux Musulmans nés et éduqués en Belgique. Quelques décennies après l’arrivée de vagues migratoires massives, il était tout à fait raisonnable de construire une communauté musulmane enracinée en Belgique afin d’imposer un nouveau rapport de forces au sein des institutions religieuses.

 

Il aurait ainsi été judicieux de briser la gangue des « pays d’origine » pour que les fils et petits-fils d’immigrés s’émancipent de leurs racines familiales. Ce n’est pourtant pas ce qui s’est passé.

 

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24/04/2012

Le mandat des membres de l'Exécutif des Musulmans de Belgique

Question parlementaire écrite de Nahima LANJRI (CD&V) à la Ministre de la Justice, Annemie TURTELBOOM (Open VLD), publiée le 16 avril 2012 sur le site de la Chambre des Représentants, restée sans réponse.

(in het Nederlands)

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La reconnaissance des membres, titulaires d'un mandat au sein de l'Exécutif des Musulmans de Belgique a toujours été prorogée par voie d'arrêtés royaux. L'arrêté royal du 28 août 2011 a ainsi prolongé la reconnaissance des membres jusqu'au 31 décembre 2011.

 

Les problèmes de l'Exécutif des Musulmans de Belgique sont bien connus. J'ai déjà posé plusieurs questions à ce sujet au précédent ministre de la Justice.

 

Dans sa réponse à une question orale du 12 octobre 2011, votre prédécesseur a donné un bon aperçu des problèmes relatifs au processus de renouvellement. Deux conceptions différentes existaient en la matière (Question n° 5137, Compte Rendu Intégral, Chambre, 2010-2011, commission de la Justice, 7 juin 2011, CRIV 53 COM 255, p. 50).

 

Aucun consensus n'a pu être obtenu à ce sujet au sein de cet organe, même en ce qui concerne la structure de transition destinée à accompagner le processus de renouvellement (Compte Rendu Intégral, Chambre, 2011-2012, commission de la Justice, 12 octobre 2011, CRIV 53 COM 309, p. 52).

 

Votre prédécesseur a dès lors décidé de charger le bureau de l'Exécutif des Musulmans de Belgique de continuer à expédier les affaires courantes en vue d'éviter un vide juridique et d'assurer la continuité du processus de renouvellement. Il a également laissé entendre qu'il n'était pas possible de prolonger le mandat de l'ensemble des membres actuels de l'Exécutif étant donné que les conditions précises qui avaient été imposées n'étaient pas respectées.

 

Ce point m'inquiète quelque peu étant donné que le mandat des membres a expiré. Lors d'une récente réunion de l'Exécutif, qui s'est tenue le 13 janvier 2012, c'est-à-dire à un moment où les membres n'étaient plus mandatés, un vote de confiance non annoncé a été organisé pour la prorogation des mandats.

 

Or il se trouve que les membres représentant une certaine tendance ont été écartés de l'Exécutif dans des circonstances douteuses. Peu de membres avaient répondu présent (11 membres) et de plus, la validité des procurations pose question.

 

Une autre réunion, celle du 16 septembre 2011, lors de laquelle le président a été démis de ses fonctions d'une façon tout aussi douteuse, illustre également la nonchalance avec laquelle certains membres de l'Exécutif appliquent les règles légales. Votre prédécesseur a expressément indiqué que cette réunion était illégale (cf. CRIV 53 COM 309, p. 53).

 

La réduction du nombre de mandats risque en tout état de cause d'entraîner la non-représentation de certaines convictions au sein de l'Exécutif et partant, un manque de représentativité de ce dernier.

 

1. Où en est le processus de renouvellement?

 

2. a) Tous les membres verront-ils leur mandat renouvelé (avec effet rétroactif)? b) Dans l'affirmative, quand envisagez-vous de prendre un arrêté royal? c) Dans la négative, quelle structure remplacera cet organe et sur la base de quels critères les membres seront-ils sélectionnés?

 

3. Quelle suite réservez-vous à la décision de l'Exécutif de ne pas proroger le mandat de certains membres?

 

4. Quelle est votre position concernant les problèmes auxquels l'Exécutif est confronté et les moyens alloués?

20/04/2012

Dassetto : « L’islam belge est à un tournant majeur »

Dassetto,EMB,ambassades,Islam,musulmansLe sociologue Felice Dassetto a apprécié le reportage de Frédéric Deborsu sur l’islam. Il s’en explique dans notre cahier « Polémiques ».

L’expert vient, par ailleurs, de publier un long article sur l’intégration des musulmans dans la sphère publique belge (1). Il y relève l’existence d’un « modèle belge original » d’intégration de l’islam à la société belge. Mais aussi de sérieux écueils. Morceaux choisis…

1) Les manœuvres saoudiennes

Felice Dassetto n’hésite pas à écrire que le Centre islamique et culturel de Belgique, présidé par l’ambassadeur d’Arabie saoudite, a « trahi » la confiance que lui a accordée l’Etat belge en lui confiant la gestion de la grande mosquée du Cinquantenaire, depuis 1966… « Ce centre est devenu un lieu de rayonnement d’un islam wahhabite et salafiste dont l’enseignement ne favorise en rien l’harmonieuse intégration des populations et des jeunes musulmans et prône une sorte de vision hostile à l’Occident… Entre autres, on y donne libre cours à l’enseignement de doctrines créationnistes, qui nient toute valeur à la théorie scientifique de l’évolution. Et ceci dans un bâtiment de propriété de l’État belge. »

2) La diabolisation de Tariq Ramadan

Au milieu des années 1990, le prédicateur genevois Tariq Ramadan « fait faire un saut de qualité à la jeunesse musulmane, enfermée jusqu’alors dans les discours traditionalistes… Les milieux de la laïcité mènent une guerre à fond contre Tariq Ramadan, sans trop comprendre sa pensée et la logique dans laquelle il inscrivait son action. La virulente polémiste Caroline Fourest a contribué à alimenter cette hostilité aveugle et bornée… Ramadan a joué un rôle intéressant et positif dans une prudente, mais réelle pensée réformiste ». Désormais, constate le sociologue, ce sont les salafistes qui concurrencent Ramadan sur son terrain.

3) Une polarisation accrue

Dès les années 2000, Felice Dassetto note l’essor d’une « confrontation » entre positions extrêmes, notamment autour de la question du port du foulard. Face à l’hostilité à l’islam affichée par Oriana Fallaci ou Caroline Fourest, des mouvements identitaires inspirés des Black Muslims et des Black Panthers émergent. C’est le cas de la mouvance créée autour de Souhail Chichah, notamment avec la « Burqa Pride » organisée à l’ULB.

4) L’islam des ambassades

L’ingérence de la Turquie et du Maroc dans les affaires musulmanes de Belgique ne facilite guère l’essor d’un leadership moral et intellectuel issu de la communauté musulmane. « Le rôle de l’Etat turc et de la Diyanet est déplorable », écrit le sociologue. De même que celui des musulmans « qui jouent une carte nationale marocaine… Croire que cet islam étatisé est un rempart contre le radicalisme ou le salafisme est vraiment une illusion ».

5)La violence symbolique de l’implantation musulmane

 « L’idée que l’Europe est aussi et définitivement un espace de présence musulmane est une donnée de fait », constate Felice Dassetto. C’est devenu une évidence. Mais… « porté par leur élan religieux et identitaire, des musulmans se sont affirmés, ont rendu visibles et affirmé leurs revendications. Ils ne se sont pas toujours rendu compte que ce mode d’implantation a été vécu par les non-musulmans comme une véritable violence symbolique. De nombreux non-musulmans avaient et ont l’impression de ne plus avoir leur place dans leur pays ou d’être accablés par ces constantes demandes musulmanes »…

Une réalité qui devrait laisser la place, espère le sociologue, à une « co-inclusion » réciproque. Mais il est possible, craint-il, que « des agences extérieures », saoudienne, turque, marocaine ou que des idéologues d’horizons divers (musulmans, chrétiens, athées, nationalistes) aient davantage intérêt à privilégier l’affrontement… Felice Dassetto insiste : « L’islam européen et belge est à un tournant majeur. »

Le Soir, 19 avril 2012

(1) « Islam belge au-delà de sa quête d’une instance morale et représentative », Cismoc Papers on line, mars 2012.

19/04/2012

Turine : « Moi aussi, je suis inquiète »

 

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L’ex-coprésidente d’Ecolo ne nie pas, elle non plus, les problèmes. « Rappelons d’abord qu’il y a beaucoup de musulmans qui sont nés en Belgique, qui sont Belges. Nous devons, dans notre pays, accepter que leur religion fait partie du paysage belge ! Mais, à côté de cela, oui, il y a des choses sur lesquelles on doit intervenir. »

Et de pointer, notamment, l’Exécutif des musulmans. « Il est encore fort aux prises d’ambassades étrangères. L’un des principaux enjeux, c’est de permettre aux musulmans de Belgique d’organiser leur culte au départ de notre pays. On aura alors des imams en phase avec les réalités. Et l’on évitera les prêches scandaleux, coupés du contexte. Il faut un plus grand dialogue entre les responsables politiques et les organisateurs des cultes. »

Sarah Turine observe aussi avec inquiétude l’évolution sur le terrain. « Faute de reconnaissance, certains jeunes se laissent prendre par la radicalisation. Récemment, une personne qui s’occupe de jeunes d’Afrique subsaharienne me disait qu’ils trouvaient davantage refuge dans les églises que dans les associations de jeunesse. C’est pareil avec les mosquées. Cela ne va pas. On ne peut pas laisser une minorité radicale prendre le pas. »

Le Soir, 18 avril 2012

03/04/2012

Lettre de l’ADMB* aux présidents de partis et au monde politique

Bruxelles, le 08 février 2012

Objet : Le dossier de la reconnaissance de l’Islam de Belgique

Madame …, Monsieur … le (la) Président(e) du parti politique …,

Vous avez sans doute eu vent (les médias en ont abondamment traité) des derniers épisodes qui ont ébranlé de façon regrettable l’Exécutif des Musulmans de Belgique (EMB). Compte tenu de l’importance du dossier de l’Islam de Belgique, nous souhaitons recadrer à votre intention les événements récents dans leur contexte plus général de manière à vous permettre une compréhension optimale.

La Belgique compte en effet aujourd’hui plus de 600.000 citoyens de confession musulmane. Et ce chiffre devrait continuer à croître ces prochaines années. Il convient donc que l’Etat belge offre dès à présent, à l’instar d’autres corps sociaux, tous les moyens à cette communauté de continuer à s’insérer de façon harmonieuse et pacifique dans la société, contribuant ainsi à une cohésion sociale accrue et un meilleur vivre ensemble.

Pour mémoire, rappelons que le culte islamique a été officiellement reconnu en 1974. Le premier interlocuteur de l’Etat belge fut le Centre islamique et culturel de Belgique à qui le statut de représentant de culte musulman a été retiré en 1989 par les autorités belges. Un des arguments avancés par certains politiques était l’ingérence étrangère et un déficit dans la représentativité des populations musulmanes installées en Belgique. A cette époque déjà émergea l’idée que la gestion du temporel du culte musulman devait impérativement trouver sa source en Belgique afin de développer un islam démocratique et respectueux des valeurs occidentales.

La structure de l’Islam n’étant pas hiérarchisée, sur proposition de la base de la communauté musulmane de Belgique, les responsables politiques optèrent alors pour des élections en vue de constituer un organe collégial et sociologiquement représentatif. Après plusieurs tentatives infructueuses, c’est finalement en 1998 que le premier Exécutif issu des élections a été mis en place. Pour diverses raisons, “sa représentativité” fut néanmoins contestée, ce qui entraîna de nouvelles élections en 2005. Celles-ci furent boycottées par une grande partie de la communauté musulmane qui reprochait notamment les modalités d’organisation et l’ingérence dans ces élections…

Nouvel épisode : l’EMB issu des élections de 2005 vole à son tour en éclat en 2007 à la suite des ennuis judiciaires de plusieurs de ses membres poursuivis pour faux en écriture, abus de confiance et détournement, etc., ce à quoi s’ajoute ensuite la démission de l’ex-président de l’EMB entrainant avec lui presque le tiers des membres de l’assemblée générale.

Début 2008, un nouvel EMB est constitué in extrémis par l’Assemblée générale des musulmans de Belgique. Le Ministre de la Justice demande à l’EMB fraîchement élu d’organiser des concertations avec toute la population musulmane de Belgique en vue de proposer une nouvelle forme d’organisation pour l’Organe chef du culte Islamique. Il faut savoir qu’à cette époque, le bruit circulait que la crise précédente de l’EMB était due au système électoral déficient, alors que, en réalité, elle avait pour origine la mauvaise gestion de quelques individus guidés par leur seul intérêt personnel voire mal intentionnés. Dans ce contexte, le Ministre concerné continuait néanmoins à demander la poursuite des concertations entre tous les partenaires…

Rapidement cependant, une partie de l’EMB confisque les débats pour les mener en vases clos entre personnes déjà ralliées à la même cause. A savoir, celle de la défense d’un projet de renouvellement exclusivement basé sur les mosquées, elles-mêmes inféodées à des Etats étrangers (Maroc et Turquie, en l’occurrence) et rejetant une grande partie de la communauté musulmane, en particulier les femmes, les jeunes, le monde associatif et toutes les minorités ethniques et religieuses.

Plusieurs membres de l’EMB, écartés des concertations en raison de leur refus d’adhérer au projet des mosquées, créent alors l’ « Alternative démocratique des musulmans de Belgique» (ADMB),une plate-forme regroupant des acteurs issus de toutes les composantes de la communauté musulmane de Belgique sans distinction d’ethnies, de genres, ni d’écoles juridiques.

Depuis sa création, l’ADMB œuvre ainsi pour faire entendre la voix de tous les citoyens belges de confession musulmane exclus du processus de renouvellement en cours de l’EMB en prônant le seul dispositif pouvant à ses yeux mener à la mise sur pied d’un Organe représentatif du culte islamique de Belgique qui soit à la fois démocratique, transparent, citoyen et indépendant de toute forme d’ingérence : des élections générales ouvertes à toute la communauté musulmane, « balisées » pour permettre une gestion légale et « saine » du temporel du culte musulman.

De 2008 à 2011, le projet des mosquées étant largement décrié par l’ADMB, le Ministre de la Justice a attendu, en vain, un projet de renouvellement de l’EMB faisant l’objet d’un consensus au sein de la communauté musulmane.

Entre octobre et décembre 2011, il met autour de la table les 4 membres du Bureau de l’EMB, constitué du Président et des 3 vice-présidents de l’EMB (parmi lesquels Isabelle PRAILE, également membre de l’ADMB), en vue de trouver un compromis autour d’un projet de renouvellement devant mener à la constitution d’un Exécutif réellement représentatif des musulmans de Belgique.

Au moment où le Bureau de l’EMB commence enfin à engranger certaines avancées en vue d’un consensus et où une nouvelle Ministre, Madame TURTELBOOM, vient de prendre ses fonctions, contre toute attente, le Président de l’EMB fait convoquer, le 13 janvier 2012, une Assemblée générale. Il faut savoir que, initialement, cette AG devait prolonger le mandat de l’EMB afin d’être en phase avec la reconduite de ce mandat par les autorités politiques via la publication d’un arrêté royal.

Mais, autre coup de théâtre : l’AG du 13 janvier 2012 décide la reconduction du seul mandat des membres de l’EMB proches des ambassades étrangères, à l’exclusion des 3 membres de l’EMB faisant partie de l’ADMB (Isabelle PRAILE, vice-présidente de l’EMB, Mohamed FATHA-ALLAH et Zehra GÜNAYDIN), par le biais d’un vote de confiance non prévu dans l’ordre du jour.

La manière dont s’est déroulé ce vote est, en outre, évidemment très contestable : en effet, sur les 44 membres que compte l’AG, seuls 11 étaient présents, munis de procurations dont on peut douter de la validité de certaines d’entre elles… A la Justice de trancher le cas échéant s’il apparaît que des irrégularités ont été commises.

En tout état de cause, force est de constater que l’EMB n’est désormais plus dirigé aujourd’hui que par des individus dont la plupart semblent faire primer les intérêts de leur Etat d’origine plutôt que ceux des Belges musulmans.

Au-delà de la situation actuelle de l’EMB et de l’exclusion irrégulière de ses membres rénovateurs issus de l’ADMB, c’est ainsi tout le futur de l’Islam de Belgique qui nous préoccupe au plus haut point.

Ajoutons que, dans son rapport pour l’année 2010, la Sûreté de l’Etat met en garde contre l’ingérence de puissances étrangères et de groupements radicaux islamiques dans l’islam institutionnel en ces termes : « Des puissances étrangères et un groupement turc radical se sont ingérés dans les structures de l’islam institutionnel pour tenter d’imposer leurs vues. En ce qui concerne l’avenir, il est permis d’affirmer qu’une telle ingérence, susceptible d’influencer dans une large mesure, voire de contrarier, le fonctionnement de l’organe du culte islamique, ne perdra certainement pas en intensité. Il est à noter que la décision finale concernant les modalités de renouvellement peut avoir un impact majeur sur l’évolution future dans notre pays tant de l’islam institutionnel que de l’islam dans son ensemble ». Inquiétant, non ?

Nous estimons pour notre part que toutes les personnes de bonne volonté concernées par ce dossier ont la responsabilité de déterminer aujourd’hui quel Islam elles souhaitent pour la société belge : un islam importé, étranger à notre culture et nos traditions nationales, ou un islam en phase avec notre démocratie et les valeurs qu’elle sous-tend. Car tel est bien l’enjeu principal de cette problématique.

Nous nous permettons enfin d’attirer toute votre attention sur ce dossier et de demander toute votre vigilance par rapport à son suivi.

Nous vous remercions d’avoir pris le temps de nous lire. Nous nous tenons évidemment à votre disposition pour toutes explications complémentaires et, si vous le jugez nécessaire, sommes prêts à vous rencontrer à votre meilleure convenance.

Recevez, Madame …, Monsieur … le (la) Président(e) du parti politique …, l’expression de nos sentiments les plus respectueux.

Pour l’ADMB,

- Mr Abderrahmane El Youssouffi : expert de l’ADMB, doctorant en Sciences Sociales à l’ULB

- Mme Zehra Gunaydin : membre de l’ADMB, membre de l’EMB, docteur en médecine

– Mr Michaël Privot : expert de l’ADMB, islamologue, Trésorier du Complexe Educatif et Culturel Islamique de Verviers – Mosquée Assahaba

– Mr Mohammed Fatha-Allah : membre de l’ADMB, membre de l’EMB, Président de l’asbl des Finances “Collège de l’EMB”, imam, professeur de religion islamique

– Mr Mussa Zulfikarali : membre de l’ADMB, ingénieur commercial Solvay, responsable d’une mosquée pakistanaise

– Mr Iqbal Qureshi : membre de l’ADMB, membre de l’EMB, président de la mosquée pakistanaise d’Anvers, Senior Auditor / Manager de Halal Food Council of Europe (vzw) Belgium

– Mr Karim Geirnaert : membre de l’ADMB, expert en alimentation halal, responsable de la fédération de scoutisme musulman

– Mme Isabelle Praile : membre de l’ADMB, vice-présidente de l’EMB, actrice associative dans divers projets (féminin, scoutisme musulman, dialogue interreligieux,…)

– Mr Yacob Mahi : expert de l’ADMB, théologien et Islamologue, Professeur en secondaire à Bruxelles et à l’Université de Strasbourg.

Contact : Praile Isabelle – Gsm : 0486/966.114 – Email : isasoum@hotmail.com


*L’Alternative Démocratique des Musulmans de Belgique (ADMB) est une plate-forme qui regroupe des acteurs issus de toutes les composantes de la communauté musulmane de Belgique sans distinction d’ethnie, de genre, ni d’écoles juridiques… L’ADMB a pour vocation de promouvoir un Organe Chef de Culte des Musulmans de Belgique représentatif, démocratique et indépendant de toute forme d’ingérence.