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25/05/2010

L'Exécutif des Musulmans de Belgique : un projet de renouvellement bâclé


A. El Youssoufi - Doctorant en sciences politiques et sociales à l'ULB.

LOGO - EMB.jpgL’Exécutif des Musulmans de Belgique a remis au ministre de la justice les conclusions du rapport sur le projet de renouvellement de l’Organe Chef de Culte musulman après deux années de concertation que la commission de renouvellement devait mener avec la communauté musulmane.

Plusieurs observateurs neutres, plusieurs membres des communautés consultées , et certains membres même de cette commission ont a maintes reprises souligné le caractère superficiel et le manque de sérieux de ces concertations qui semblent d’après plusieurs indices être instrumentalisées pour faire valoir des décisions déjà arrêtées par un groupe restreint de personnes issues des structures d’origine étrangère.

Nous n'allons pas nous étaler sur ces indices qui peuvent faire objet d’autres écritures mais nous allons dans ce document avancer enfin une autre  preuve de ce que nous avons toujours soutenu dans plusieurs écrits à savoir que la concertation (qui est plutôt une simple consultation de quelques acteurs ) menée n’avait pas pour objet de travailler à construire une convergence autour du mode de représentativité de l’OCC ce qui nécessiterait des compromis et des négociations avec toutes les communautés musulmanes quelque soit leurs sensibilités . Au lieu de cela on a préféré pendant plus de deux ans organiser des réunions ici et là sans débat, sans échange des points de vue, sans objectifs explicites, sans une vision claire, et surtout sans motivation réelle d’arriver à un quelconque consensus. On a essayé de gagner du temps pour construire des alliances de conjoncture, d’écarter les personnes compromettantes, et d’essayer de faire croire aux autorités de tutelle qu’on n’a pas manqué à sa tâche.

Pour illustrer ces propos il suffit de jeter un coup d’œil sur le projet présenté au ministre...



    On ne croirait pas ses yeux: un travail de plus deux années de concertation a permis de rédiger un projet à peine de 5 pages (mis à part une introduction, une conclusion et une synthèse très sommaire des travaux menés lors des concertation) : Un premier chapitre de deux pages qui rappelle les concertations menées par l’EMB depuis 2008 et un second chapitre de trois pages consacré au projet de renouvellement. De qui se moque-t-on ? Comment peut-on accepter et avaliser un tel projet ? Ce n’est pas sérieux.

    Ceci concerne la forme mais ce qui est du contenu nous avons relevé plusieurs incohérences, des contradictions  voir même des manœuvres de tromperie.

    Dans la synthèse des travaux de concertation la commission a relevé dans le chapitre de constats /état plusieurs problèmes qu’on a qualifiés de points négatifs de l’institution. Même si ces points peuvent être discutables on a éludé d’autres points plus importants à savoir une très mauvaise gouvernance en général et un manque de transparence et d’honnêteté (nous  faisons  plus particulièrement allusion au mode de désignation du personnel de l’aumônerie) dans la gestion de certains dossiers de recrutement en général et de suivi.

    On a ainsi éludé certains problèmes de dysfonctionnement qui mettraient en cause la responsabilité de certains gestionnaires et qui pourtant ont été évoqués à maintes reprises lors des consultations, pour ne citer que des points négatifs relayés par la presse et l’opinion publique.

    Un esprit logique déduirait en toute simplicité qu’à partir de ces points négatifs, reconnus donc comme des problèmes, on imaginerait collectivement des solutions qu’on fixera comme des objectifs du projet. Il n’en est rien. On a fait suivre ces points négatifs par un ensemble de recommandations qui pour la plupart n’ont aucun rapport avec les problèmes constatés et par un ensemble de conseils/solutions/ idées pour l’avenir énoncés sous forme de slogans.

    Enfin les fameux objectifs du projet sont annoncés dans le dernier point consacré au Souhaits/Objectifs que nous ne pouvons  manquer de citer ci-après :

    "- Consultation mutuelle, aller vers une cohésion

    - Un travail dans l’intérêt des musulmans

    - Une institution stable et qui répond aux attentes de la communauté musulmane

    - Communication direct avec la base

    - Droits acquis sont à préserver

    - Accent sur l’union, la confiance et la crédibilité"

    Sans commentaire.

     

    Une autre incohérence à relever dans le projet et qui concerne la démarche de la commission pour mener des concertations. A la page 5 dans le chapitre consacré au rappel des concertations menées par l’EMB, de ses propres aveux on lit « A l’issue de toutes les réunions de concertation menées en 2008 et 2009, la commission de renouvellement semblait déjà pencher en faveur d’un système de représentativité à partir des mosquées, considérées comme constituant la base de la communauté musulmane.

     

    En effet, il est apparu aux membres de la commission que le modèle électoral tel qu’appliqué en 1998 et en 2005 ne convenait plus pour instaurer un organe représentatif de la communauté musulmane de Belgique, au vu du trop grand nombre de failles que ce modèle comportait »

    A ce stade nous aimerions poser les questions suivantes :

     

    1. Pourquoi a-t-on voulu élargir la commission au début 2010 à d’autres personnes puisque celle-ci « semblait déjà pencher en faveur d’un système de représentativité à partir des mosquées ». ?

    Un premier élément de réponse à la première question peut être déduit en lisant le bas de la page 5 : «  ce groupe de travail baptisé commission de concertation pour le renouvellement de l’institution…son objectif était de parvenir à un consensus aussi large que possible autour de la question de renouvellement de l’organe chef représentatif des musulmans de Belgique… » En clair la décision était déjà prise pour un certain système de représentativité comme annoncé plus avant et les nouveaux membres sont intégrés pour renforcer cette décision et lui donner un caractère de consensus.

     

    2. Qu’est ce qui a fait pencher la commission en faveur de système de délégation alors que les autres options étaient aussi bien argumentées par ses défenseurs et qu’elles puissent paraître plus démocratiques et plus justes ?

    Parce qu’il n’y a pas eu de véritables concertations avec la communauté (et on en veut pas) mais simplement des alliances de circonstance entre une position déjà arrêtée (et déjà présentée aux autorités dans une note avant même sa validation par la commission ) des structures étatiques établies depuis de longues dates avec des groupements (en mal de structures et de représentativité) en voie d’établissement.

    Si les premiers n’ont rien à perdre mais tout à gagner dans cette formule, car ils bénéficient déjà d’une assise populaire et d’un acquis institutionnel et qui sont pour les uns chapotés par un leadership très efficace et pour les autres par une institution étatique.

    Les seconds ont tout à perdre en terme de crédibilité car ne bénéficiant ni d’une assise populaire ni d’un leadership mais en se comportant comme si c’était déjà le cas ils risqueraient de ne jamais réussir ni à défendre correctement les intérêts cultuels de la communauté ni à remplir leurs missions d’encadrement à distance. Le peu de mosquées que ce groupement puisse représenter ne fera jamais le poids face à des structures traditionnellement bien enracinées et bien rodées.

     

    Nous devons aussi souligner cette attitude équivoque qui consiste à vouloir jongler avec le concept de représentativité. On va tenir compte de la présence démographique musulmane générale des régions pour déterminer le nombre de représentants et non pas du nombre de fidèles qui adhèrent à des communautés.

    Ainsi la Flandre qui compte 154 mosquées peut proposer seulement 18 délégués et pour Bruxelles qui compte à peine 50 mosquées peut proposer 20 délégués, de cette manière on arrive à 2 délégués représentant 17 mosquées au niveau de la Flandre et à 2 délégués représentant 5 mosquées au niveau de Bruxelles. Ainsi on se sert de toute la population pour déterminer le nombre de délégués mais on écarte ses principales composantes pour proposer un système de représentation.

    Enfin si on a voulu supprimer le système de catégorisation c’est parce qu’on sait pertinemment bien que le critère ethnique peut peser dans les rapports de force qui se tisseront dans le conseil général afin d’accéder à l’assemblée générale, à quoi bon servira-t--il de le garder puisque ces catégories  s’effaceront naturellement dans le processus proposé.

     

    Sachant bien que les marocains et les turques sont les plus nombreux et sachant bien que la quasi-totalité des mosquées émanent des ces populations, les autres catégories (les convertis, les minorités ethniques, les femmes, associations religieuses etc.) se verront exclues d’office dans ce système de délégation.



    "Réflexion sur une nouvelle forme de représentation pour les musulmans de Belgique" rédigée le 30/12/2008  par l'ex-président de l'EMB et  représentant de Diyenet  et présentée devant  la commission de renouvellement et aux autorités.

     

    Commentaires

    Tout d’abord, je suis membre de l’AG et membre de la commission du renouvellement émanent de l’AG, c’est bien la commission crée en fin 2008.
    J’aimerai vous apporter une clarification concernant la création de la dite «commission de concertation ».

    Durant l’année 2009, plusieurs réunions de travail ont été organiséés par la 1ere commission.

    Après une année de réunions et de préparation, nous avons appris par hasard, en début de 2010 qu’une autre commission « élargie ?» ee réunie, composé de trois membres du bureau de l’AG, certains membres de L’EMB et certains membres de l’extérieur de l’AG.

    La commission du renouvellement principale et légitime est devenue, sans aucune, explication hors jeux. Depuis, les membres de la commission du renouvellement légitime et les membres de l’AG ont réclamés une réunion extraordinaire pour comprendre le rôle, l’objectif et les critères du choix des membres de la nouvelle commission,…aucune réponse ? Les membres de l’AG avec patience et sagesse ont renouvelés, demande après demande, toujours sans réponses. Pire, nous avons demandé copie du projet pour pouvoir légitimer la nouvelle commission, pas de réponse, par contre, nous avons appris par la suite, que le projet est top secret. Nous sommes alors déjà début mai 2010.
    A ce jour aucun membre de l’AG, n’a reçu le projet officiellement de la dite « commission de concertation ».

    Par la présente je me permets de dire que la commission « de concertation » n’a aucune légitimité de l’AG et donc n’est pas représentative de l’EMB et non plus de tous les mosquées.

    Nous, nous sommes pour des élections démocratiques.

    Hadj Mohamed Larbi
    Membre de l’AG et membre de la commission du renouvellement.

    Écrit par : Hadj Mohamed Larbi | 25/05/2010

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