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25/03/2009

L’Exécutif des Musulmans de Belgique cherche sa voie

PIC00873.JPGPar Abderrahmane El Youssoufi

Doctorant en sciences politiques et sociales à l'ULB


L’Exécutif des Musulmans de Belgique, organe représentatif du culte musulman dont les subventions ont été provisoirement suspendues le 27 Mars 2008  a,  malgré le peu de moyens,   continué à « fonctionner » pour répondre ainsi à la volonté de la communauté et de certains membres élus dits « rénovateurs » afin de préserver un acquis institutionnel nonobstant plusieurs instructions judiciaires concernant certains de ses anciens dirigeants. Le ministre de la justice de l’époque J. Vandeurzen a accepté la proposition de reconduire les membres  « rénovateurs » en signant un arrêté de reconnaissance de ces membres  le 9 Mai 2008 pour une durée d’un an.

Cette reconduction avait un double objectif bien explicité dans l’arrêté de reconnaissance : Répondre à la volonté des membres « rénovateurs » de  lancer une concertation avec toutes les composantes de la communauté musulmane afin de trouver une forme plus adaptée d’organe représentatif et  d’assurer la continuité en attendant la transition vers d’autres structures. On peut considérer que le rôle de l’actuel Exécutif dans ses démarches entreprises  actuellement prenne la forme d’un dispositif de médiation, même si les ingrédients de cette dernière ne sont pas encore entièrement réunies.   

 

Si la continuité a été plus ou moins assurée malgré le peu de moyens dont dispose ce dispositif provisoire, on commence à se poser des  questions quant au processus mis en place pour entamer cette médiation ou cette concertation surtout que l’arrêt de reconnaissance va cesser de produire ses effets ce 31 Mars 2009.

 

Pourtant nous n’insistons jamais assez pour dire qu’il y a une urgence pour les citoyens musulmans de ce pays de bénéficier de leurs droits et de se voir dotés d’une structure stable et crédible pour une meilleure gestion du temporel de culte islamique.     

 

Parmi les scénarios de mise en place d’une nouvelle structure,  l’idée de concevoir un Organe Chef de Culte chaque fédération musulmane aurait son  représentant refait surface. Même si l’idée peut séduire par sa simplicité et son efficacité opérationnelle, elle ne peut malheureusement  être  réalisée à court terme  car elle ne tient pas compte de la réalité de l’organisation cultuelle et de toutes les sensibilités des communautés en présence. Si la communauté d’origine  turque et plus/mieux  structurée autours des fédérations et des grandes associations religieuses, ce n’est pas le cas de la communauté d’origine  marocaine  ou d’autres communautés qui s’organisent différemment et d’une manière plus hétéroclite.

 

Enfin, hormis le risque d’ouvrir  les portes  aux « ingérences » étrangères,  l’idée de structures fédérées  n’apporte pas de réponses ou de solutions aux véritables problèmes déjà rencontrés par l’Organe Chef de Culte Musulman. L’expérience à démontré que  la nature de ces problèmes ne proviennent pas d’un certain type de structure, mais plutôt d’un certain type de fonctionnement. On peut résumer les lacunes de ce fonctionnement comme suite :

L’incapacité des  membres de l’Exécutif de concevoir une vision stratégique  consensuelle : que voulons-nous de cette structure et quel serait son rôle ? Une représentativité culturelle et idéologique ou une simple administration neutre de gestion de biens ? Quel serait son but  et ses objectifs principaux et prioritaires ?  Quelle stratégie adopter pour y arriver ? Etc. Il est indéniable que pour arriver à cette vision commune, il faut être conscient des réalités suivantes : la volonté des pays d’origine d’exercer une tutelle sur leurs citoyens. Même si une partie de ces citoyens se soumettent volontairement à cette "tutelle", et c'est leur droit, une part non négligeable (surtout à partir de  la deuxième génération ) voudrait  s’affirmer localement et  s’inscrire  dans des projets de société d’une manière indépendante et libre et enfin l’attitude ambivalente de l’Etat Belge qui, tantôt affiche vis-à-vis des membres de ces communautés une volonté de les intégrer et de les considérer comme des citoyens à part entière,  tantôt, par un cynisme politique, privilégie les relations diplomatiques et les accords entre Etats en instrumentant politiquement ces citoyens dont les aspirations ne sont pas sérieusement prises en considération.

 

A ce manque de vision consensuelle s’ajoute une incapacité de construire un débat « démocratique » à l’intérieur de l’institution. Les membres de l’Exécutif étant porteurs chacun d’une vision ou d’un projet personnel, plusieurs incidents et accrochages parfois physiques  qui se sont produits lors des discussions démontrent une incapacité d’arriver à des compromis. Avoir des objectifs personnels ou d’autosatisfaction morale qui ne contredisent pas l’éthique musulmane et les attentes de la communauté ne constitue pas une problématique en soi, nous allons même jusqu’à dire que c’est une chose souhaitable pour éviter une lassitude et créer une dynamique constructive et entrepreneuriale. Mais le problème réside dans l’incapacité de traduire ces objectifs personnels en objectifs collectifs. 

 

Enfin, l’incapacité d’interagir judicieusement avec son environnement. On a reproché  plusieurs fois à l’Exécutif de prendre des positions contradictoires à ses missions. Si cette situation est voulue, assumée et défendue  par ses responsables il n’y a pas de problème mais quand il s’agit de se trouver dans une posture  qu’il n’a pas souhaitée suite à une négligence ou à une maladresse, il faudra commencer à se poser des questions. Un exemple parmi d’autres est la mauvaise formulation d’un communiqué de presse de l’Exécutif concernant la manifestation pro palestinienne à Bruxelles. Une gaffe récupérée directement au niveau politique et à des fins partisanes.

Toutes ces difficultés ne peuvent être solutionnées seulement par une remédiation structurelle mais bien par un « know how » ou une nouvelle « culture » capable d’apporter des réponses aux difficultés susmentionnées et de capitaliser les bonnes expériences du passé quelque soit le type de structure mise en place.

 

Une autre idée défendue concerne un  projet de Conseil Administratif du Temporel du Culte Musulman. En résumé il s’agit d’organiser des élections libres dans une phase transitoire de deux  ans pour constituer une assemblée générale dont les membres désigneront un conseil d’administration appelé CATCM. C’est une idée, certes plus pragmatique et qui tient compte des différentes sensibilités, mais, elle aussi, a comme seul souci principal d’apporter des nouvelles solutions par une nouvelle structure en négligeant encore une fois de plus de se pencher sur les lacunes de fonctionnement pour proposer des alternatives.

 

Une autre proposition discutée  en coulisse  (surtout du côté néerlandophone), est de scinder l’Exécutif en trois représentations régionales ou deux représentations linguistiques: l’une Flamande, l’autre Bruxelloise, la troisième Wallonne ou l’une Néerlandophone et l’autre Francophone. Avoir plusieurs instances séparées c’est courir le risque d’avoir plusieurs interlocuteurs et de ne pas avoir la même vision sur des questions cultuelles pratiques qui conditionnent le vécu des musulmans de ce pays comme la  fixation du début et de la  fin mois du Ramadan, des jours de fêtes, la coordination des services de l’aumônerie, le consensus sur les compétences à acquérir par les imams, etc. 

 

La « déconcentration » de la gestion du culte musulman irait à l’encontre de l’effet recherché par les pouvoirs publics, à savoir faciliter la gestion de ce dernier par un seul interlocuteur, et à l’encontre des intérêts de la communauté musulmane, à savoir  parler d’une même voix à l’instar des autres cultes.

 

Toutes ces propositions avancées sont de nature  organisationnelle  et se basent donc sur des scénarios qui se limitent à l’aspect structurel. Si on veut véritablement engager une concertation pour proposer un organe durable et plus crédible, il faudra avant tout se poser des questions sur le mode  fonctionnel de la prochaine structure et non seulement sur le mode structurel. La question est de savoir comment, une fois cet organe installé,  doit-il fonctionner ? De  l’ancien Organe, identifier les lacunes et les dysfonctionnements et proposer une alternative qui peut avoir le plus large consensus. A titre d’exemple, hormis ceux qui sont cités plus en avant, nous pouvons évoquer le cas de la  procédure de nomination des aumôniers dans les prisons belges. La précipitation de former les candidats aumôniers en leur promettant des postes à court terme sans disposer d’abord d’un dispositif légal négocié et d’un feu vert de la tutelle était une preuve de manque de professionnalisme. Cela a entraîné un gaspillage des deniers publics et des ressources humaines et une perte de crédibilité débouchant au fil du temps sur un manque de suivi ou une négligence créant une brèche aux activités clientélistes et pas très transparentes. Autrement dit, pour éviter ces problèmes dans le future,  il faut préparer un projet avec une vision claire et consensuelle qui aurait comme première tâche la déclinaison des problèmes déjà rencontrés par l’ancien Organe en objectifs réalistes et mesurables, et comme seconde tâche la programmation d’activités précises pour réaliser ces objectifs en corrigeant les erreurs du passé et en présentant des  innovations alternatives  plus crédibles et un plan d’action plus et mieux concerté.

 

En conclusion, pour que la concertation puisse être constructive et utile, il ne suffit pas d’écouter toutes les composantes de la communauté même si ça peut paraître une chose irréaliste, mais il faut d’abord  préciser l’objet exact de la concertation et poser des questions franches, précises et pertinentes aux personnes concertées. Pour autant que ces personnes soient habilitées et aient une compétence et une volonté pour  répondre. Sans ciblage judicieux, les meneurs de la concertation ne sauront pas où ils vont et ils risqueront de mettre longtemps pour y arriver, à moins qu’ils aient  un projet déjà arrêté. Mais alors dans ce cas  la concertation serait un simulacre et une pure illusion.   

Abderrahman EL YOUSSOUFI

Mediation - 25 - 03 - 2009

Commentaires

Bonne analyse dans l'ensemble. Bien que je ne partage pas l'inquiétude de se referer à la vision du pays d'origine concernant le culte sans pour autant être taxé de soumis ou de taxer le pays d'origine d'ingérance.
Ma crainte est de mettre" le sort spirituel Musulman" entre les mains" des éléctrons libres" sous prétexte qu'ils représentent sois disant" l'islam Belge!"
Moi, en tant que Belge d'origine Marocaine, je n'ai pas honte de vouloir suivre "le model religieux marocain" basé sur le respect de l'autre et le respect de la divercité. C'est le model qui me convient. Le danger peut surgir des cellules dormantes ici en Belgique qui s'inspirent de quelques pays du Golf et du moyen orient...........
Si non, je partage les autres idées développées dans l'article.
Mohamed.

Écrit par : Mohamed | 25/03/2009

Merci pour votre commentaire et il est de votre droit de choisir le modèle qui représente le mieux vos références religieuses. Le terme soumis ne doit pas être compris dans le sens péjoratif, j'aurai peut être pu utiliser le terme "s'inserer" dans ou appartenir à ce modèle. Tandis que le mot "ingérence" que j'ai mis entre guillemets doit être compris dans le sens d' immixtion ou d' intervention, pratiques que tous les pays du monde exercent à l'égard de leurs ressortissants et qui découlent tout bonnement et de toute logique d'une relation organique ( relation d'allégeance ou pas) entre un Etat et ces derniers.
si dans une situation où un sujet est confronté à des questions sociétales et religieuses et il opte pour une voie à suivre, c'est son plein droit , mais on ne peut pas qualifier les sujets qui n'optent pas pour une certaine orientation d'"éléctrons libres" potentiellement dangereux. On peut trouver des gens capables de "réflechir par eux mêmes" sans suivre les "injonctions" de quiconque. mais c'est vrai qu'il ne faut pas négliger l'existence probable d'une "marginalité silencieuse"et peut-être dangereuse, mais la question est de savoir qui a l'habilité et la légitimité d'interagir avec cette dernière. Certainement pas à un pays étranger.

Écrit par : A.El Youssoufi | 28/03/2009

Salamou'alaykoum,

Je pense effectivement comme vous M. El Youssoufi, que "l’incapacité de traduire ces objectifs personnels en objectifs collectifs" est la base du problème concernant l'entente entre les membres de la communauté musulmane d'origine marocaine et turques.
Si nous n'arrivons pas actuellement, nous "musulmans", à trouver un terrain d'entente par un dialogue serein et qui ne trahit en rien notre éthique musulmane, c'est principalement dû au fait que nous ne savons pas faire la différence entre nos envies (= nos "propres" objectifs) et nos objectifs "communs".
Il est de ce fait clair qu'une remise en question de chacun d'entre-nous est primordiale, pour permettre aux citoyens belges de confessions musulmanes (autrement dit nous) d'avancer dans ce pays, à tout les échelons !

Qu'Allah nous vienne en aide.

Écrit par : Faouzi | 10/04/2009

malheuresement personne ne connait l'adresse ni le rôle de l'exécutiv, c'est dommage ce probléme de communication

Écrit par : hadya | 11/04/2009

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