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12/02/2009

Rétroacte = L’Organe représentatif des Musulmans de Belgique : entre logique bureautique et discours religieux (20/3/2000) = SUITE

Beyens.jpgPar Dr. Didier Yassin BEYENS 

Politique contractuelle d’intégration en Belgique : SUITE

Une identité en construction...


6. Une identité en construction

Quoiqu’il en soit, l’organe religieux, dénué de toute couleur politique, n’est , bien entendu, pas destiné à une quelconque conquête prosélithique des consciences musulmanes, ni à dynamiser la formation d’un nouveau pilier idéologique en Belgique. Son rôle est de relayer les attentes des communautés musulmanes en gérant les affaires du culte dans le respect de la loi (en définissant par exemple les statuts des acteurs religieux), mais aussi en présentant de manière symbolique cette volonté du " vouloir vivre ensemble " dans une société qui s’enrichit par l’apport de valeurs diverses.

Toutefois, immanquablement, la gestion dans l’espace public va progressivement moduler le métissage d’une nouvelle identité centrée autour d’un islam de Belgique.

Parmi les facteurs qui peuvent accélérer ce processus :

- la décrispation des mentalités,

- la multitude des contacts obligés entre musulmans et administrations publiques, à travers les rôles convergents mais non transposables des acteurs religieux et politiques,

le repositionnement des partis et la réflexion critique sur les avantages constitués des Eglises établies,

l’ouverture du droit à la citoyenneté par l’acquisition de la nationalité,

Peuvent le freiner au contraire :

·        les problèmes socio-économiques (discrimination sociale, chômage),

Il est évident que la reconnaissance du culte n’aplanit pas toutes les difficultés d’intégration d’une minorité religieuse (Martiniello) . Tout au plus, elle incite à y faire davantage face de manière active par le biais de la citoyenneté reconnue. C’est le rôle de tout un chacun et, en particulier des acteurs politiques.

·        et les tensions intra-communautaires basées sur des logiques de compétition ou de pouvoir.

C’est de la capacité des musulmans à s’entendre sur des projets concrets que s’élabore une nouvelle cohésion identitaire délaissant peu à peu les divergences culturelles. De manière peut-être contradictoire en apparence, ils pourraient alors mieux assumer les  " paradoxalités " de leur mixage culturel (selon le terme d’A. Manço) et davantage investir à l’échelle individuelle la société : il faut d’abord être soi-même et reconnu en tant que tel pour pouvoir par après accepter l’autre tout en partageant avec lui des valeurs communes.

 

7. Un nouvel imaginaire

Dans une société qui se dépolarise et abandonne ses vieux clivages politiques et philosophiques, dans une laïcité moderne qui reconnaît l’apport de valeurs appartenant à des mondes différents, les musulmans devraient répondre à l’invitation citoyenne qui leur est offerte et casser l’archétype d’une culture cohabitante, cloisonnée et hermétique au dialogue. En se fondant dans le groupe, ils devraient, par leur participation, générer un imaginaire collectif :

plus imperméable aux événements extérieurs négatifs et à leur image véhiculée (on se souvient par exemple de l’influence de la guerre d’Irak jusque dans les établissements scolaires) et

plus réceptif à une congruence avec la réalité du contexte journalier (abandon des ghettos culturels et religieux, gestion de l’islam adaptée au contexte, formation de cadres musulmans compétents, participation aux décisions politiques…), et ce,

tout en calquant le pas d’une société qui se transforme et se mondialise par , notamment, l’économie et les nouvelles techniques de la communication (influence des paraboles, d’internet…).

Et c’est par un curieux mélange d’identité religieuse, de nostalgie culturelle et de citoyenneté active, en assumant dans la vie quotidienne toutes les paradoxalités (comment être à la fois musulman , marocain et belge sans se placer parfois en situation contradictoire ?) que les musulmans vont générer progressivement un nouvel imaginaire autour d’une identité qui se construit.

8. Conclusion

La volonté du gouvernement de régulariser sous conditions les illégaux dénote le souci d’assurer aux "nouveaux migrants" le droit à la citoyenneté. Le corollaire embarrassant de cette politique d’ouverture à la fois humaniste et pragmatique est la possibilité de l’expulsion forcée de ceux qui ne satisferont pas aux conditions requises. La méfiance est alors de mise devant cette dynamique biphasée marchandée politiquement. Faut-il risquer la sortie au grand jour ? L’Etat est-il bien intentionné ? Quoiqu’il en soit, la faveur possible de l’acquisition à la nationalité jette un immense espoir pour ceux qui vivent reclus et cachés.

La facilité du droit à l’acquisition de la nationalité pour ceux qui, au contraire, sont nés en Belgique devrait inciter les enfants des " anciens migrants " à s’impliquer davantage dans la société.

L’atmosphère autour de la problématique " naturalisation-citoyenneté " est assez similaire sur plusieurs points à celle qui a entouré le processus de suffrage des musulmans l’année dernière ("identité religieuse-citoyenneté").

Il n’y a pas si longtemps, certains doutaient de la capacité de musulmans à devenir des citoyens à part entière, d’autres voyaient une antinomie entre l’islam et le monde occidental.

Quoi qu’il en soit, la résolution de la problématique de la représentativité musulmane sous-tendue par une politique contractuelle d’intégration, fut l’opportunité de révéler ,de la part des musulmans, un projet de société basé non seulement sur l’égalité constitutionnelle des citoyens (les cultes reconnus doivent jouir des mêmes prérogatives), mais aussi sur leur volonté de participer activement dans la société et de faire partie intégrale et permanente de la société belge.

Hier, l’islam transplanté (selon les termes de F. Dasseto)…demain, peut-être, l’islam citoyen…

Dr Didier Yassin Beyens

 

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